Souleimane – Les dictateurs ont trop besoin d’Allah

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Le jeune écrivain Omar Youssef Souleimane décrit comment les dictateurs arabes défendent la vision d’un dieu vengeur pour asseoir leur pouvoir.

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Pour comprendre les dictateurs arabes, il faut connaître leur dieu, ses attributs et ses noms. Celui-ci, à l’image d’un chef de tribu qui contrôle toutes choses, a créé des esclaves pour bien sentir son importance, comme il le confirme dans le Coran : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils m’adorent » bien qu’il n’ait pas besoin d’eux ; « Ô hommes, vous êtes les indigents ayant besoin d’Allah, et c’est Allah, Lui qui se dispense de tout et est digne de louanges. » Ces hommes sont obligés de l’aimer et de le remercier sans cesse, car ils n’existent que grâce à lui.

Depuis toujours, Allah est seul, rien n’est à son image et personne ne partage son pouvoir. L’unicité divine est le mot le plus important dans l’islam, c’est l’axe central du texte coranique. Le but principal du message de Mohamed à l’adresse des Arabes était qu’ils abandonnent leurs dieux, afin de se rapprocher de lui. Allah pardonne toutes les fautes, sauf une : le polythéisme. « Certes Allah ne pardonne pas qu’on lui donne quelque associé. À part cela, il pardonne à qui Il veut. » C’est ce qu’on lit dans le Coran.

Griller en enfer

À cause d’une petite faute, Allah, s’il le souhaite, nous fait griller en enfer pour des dizaines d’années, Mohamed a dit : « L’homme dit un mot entraînant la Colère d’Allah, il le dit sans y prêter attention et il chute à cause de ce mot pendant soixante-dix automnes en Enfer. » Une autre personne peut aller au paradis juste pour avoir demandé le pardon d’Allah, en répétant ce que Mohamed disait chaque matin : « Ô Allah ! Tu es mon Seigneur. Il n’y a aucune divinité [digne d’être adorée] en dehors de toi. »

Allah a 99 noms, Ils résument sa personnalité, parmi eux : Le Puissant, Le Transcendant, Le Superbe, Celui qui avilit. Il attend les infidèles, prépare des plans et, au bon moment, Il se venge. Le Vengeur étant un de ses noms, c’est ce qui est le plus agréable aux dictateurs.

Même ses attributs physiques se retrouvent chez les tyrans : il est installé sur un trône dans les cieux, autour de lui, les archanges, ses serviteurs. Il a un visage, deux mains, deux yeux… Il aime ceux qui le louent, font la prière à la fin de la nuit, et implorent son aide.

Doute interdit

Il n’aime pas les gens qui doutent de l’islam, il faut qu’ils croient au miracle du Coran, et quand on demande en quoi consiste ce miracle, il répond : « Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une sourate semblable et appelez vos témoins. » De quel défi parle-t-il ? Si quelqu’un écrit des phrases sur le même ton que le Coran, les imams déclarent qu’il n’a fait que l’imiter…

Beaucoup de politiciens arabes ne peuvent pas vivre sans cette divinité bizarre construite à leur image. Ensemble, sous la table, ils ont signé un traité pour torturer leurs peuples, ils n’existent que grâce à lui, et sans eux, ils disparaîtraient.

Jeune poète et romancier d’origine syrienne, Omar Youssef Souleimane est réfugié en France. Il a participé aux printemps arabes avant de fuir Damas, recherché par la police. Élevé durant son adolescence en Arabie saoudite par des parents salafistes, cet athée militant a rompu avec son pays, sa famille et sa religion. Auteur en cette rentrée du magnifique « Le Petit Terroriste » (Flammarion), l’exilé publie sur Le Point.fr des chroniques de sa découverte de la France (pays qui, dit-il, l’a « sauvé ») comme du monde qu’il a quitté.

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