SITUATION DU PEUPLE KURDE EN IRAN

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NIKRAWESH Zarali

Il existe des victimes privilégiées :celles dont tout le monde parle, que certains aident et dont beaucoup se servent comme porte-drapeau.

Il en est d’autres que l’on oublie vite : les Baloutches, les Tamouls, lesTibétains, par exemple, ou les peuplesAmazires (Berbères) et tant d’autres. Les populations dont le sort est le plus dramatique sont sans aucun doute celles que le monde veut ignorer, ou sacrifie délibérément. Les Kurdes à cet égard constituent un exemple édifiant.

RAPPEL HISTORIQUE :

Les Kurdes sont issus des peuples indo-européens qui investirent la région il y a environ trois à quatre mille ans. Le KURDISTAN fut occupé successivement, depuis le VIIe siècle avant J.C. par les Perses, les Macédoniens, les Romains, les Byzantins,les Arabes puis au XIIe siècle, par les Turcs.

Après la fin de la première guerre mondiale, en 1920, le traité de Sèvres reconnaît le droit de constitution d’un Etat kurde indépendant.Cependant trois ans plus tard, le traité de Lausanne rend caduc le traité de Sèvres. Les puissances alliées consacrent l’annexion de la majeure partie du Kurdistan au nouvel Etat turc et le reste du territoire est réparti entre l’Iran, l’Iraq et la Syrie. Même si les intérêts de ces quatre pays divergent, ils s’accordent pourtant à réprimer les Kurdes dès qu’ils revendiquent la reconnaissance de leurs droits fondamentaux.Désormais, le peuple kurde suit quatre destinées en fonction de ces quatre Etats.Depuis lors, (à l’exception d’une reconnaissance fragile et relative pour 5 millions de Kurdes d’Iraq) le peuple kurde, qui est avec 40millions de personnes le plus grand peuple sans Etat et sans droits, se voit refuser le droit à l’autodétermination et au choix de son statut politique, social et culturel, pourtant inscrit dans la charte des Nations-Unies. Toute tentative de résistance à la politique d’oppression militaire et toute velléité du peuple kurde de vivre dans la paix, la liberté et la sécurité sont ainsi étouffées.

Aperçu géographique :

Le Kurdistan iranien a une superficie de 125 000 km² et son territoire se prolonge du Mont Ararat jusqu’au sud de la chaîne montagneuse du Zagros. Les frontières turco- iraniennes et irako-iraniennes constituent en même temps celles du Kurdistan iranien avec le Kurdistan de Turquie et le Kurdistan d’Irak à l’ouest, tandis qu’à l’est ilavoisinele lac d’Ourmiah(Rezaieh). C’est une région montagneuse où même les villes se trouvent en altitude souvent à plus de 1000 mètres.

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POPULATION :

Compte tenu du chauvinisme et de la politique d’assimilation des gouvernements centraux des pays où vivent des Kurdes, il n’est pas facilede trouver des statistiques non falsifiées concernant la population kurde. Le gouvernement iranien, en considérant les Kurdes comme des « purs iraniens » et en confondant sciemment les mots iranien etpersan, n’a jamais publié de statistiques indiquant la composition nationale de la population kurdedu pays. Aux dernières estimations, les Kurdes d’Iran qui représententle troisième peuple, juste après les Persans et les Azaris, comptaient environ 10 000 000 d’âmes, dont plus de 1 million dans la province du Khorassan, au nord, et notamment à Ghoutchan, Asfrain et Dargaz.

Conditions économiques :

Dansles situations de culture et de langue niées ou interdites, l’économique et le culturel sont étroitement liés. Ce sont des raisons économiques qui le plus souvent dictent les politiques d’oppression et c’est en vue de dominer que l’on tente de détruire des pratiques culturelles, des modes de vie et des moyens d’expression. Les mesures de répression économique peuvent être extrêmement efficaces dans le processus de destruction d’une culture.

A l’exception d’une petite raffinerie de pétrole dans la région de Kermanchah, il n’existe pratiquement pas d’industrie extractive au Kurdistan iranien alors que son sous-sol recèle des richesses minières considérables. Quant à l’industriedu secteur secondaire, elle est quasiment inexistante puisqu’elle emploie moins de 5% de la population active. Le revenu par habitant du Kurdistan iranien en 2011 était environ de 1 000 dollars alors que selon la statistique mondiale et les déclarations officielles, le revenu moyen par habitant était de 12 300 dollars pour l’ensemble de l’Iran !

PARTAGE DU KURDISTAN :

Au XVIe siècle, un accord entre l’Empire ottoman et l’Empire perse (dynastiesafavide) à la suite de la guerre de Tchaldyran( qui débuta le 23 août 1514 au nord-ouest du lac d’Ourmiah), divisa la zone kurde en deux grandes zones d’influence. Bien qu’étant placées sous l’autorité d’empires centralisés (ottoman et persan) les principautés kurdes continuèrent à régler leurs affaires intérieures de façon autonome. Plus tard, au cours de la première guerre mondiale, ce territoire devint un véritable champ de bataille opposant les Turcs et les Russes.En 1920, à la suite de la signature du traité de Sèvres et de sa non application, le soulèvement des Kurdes d’Irak dirigé par le cheikh Mahmoud sert de catalyseur à un large soulèvement au nord du Kurdistan iranien que la faiblesse deTéhéran ne peutendiguer.

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En 1925, (Reza Khan(devenu plus tard Reza Chah) arrive au pouvoir par un coup d’Etat. Celui-ci, avec le soutien des Anglais veut créer un Etat-nation centralisé. Pour ce faire il réprimele soulèvement kurde de Tchhrik, dirigé par ISMAÏL SEMKO.Le 21 juin 1930, SEMKO est invité à Ouchnou par les militaires iraniens pour « négocier ».Il y sera assassiné.Un autre soulèvement, dirigé par JAFAR Sultan, eut lieu en 1931 au sud ddKurdistan iranien. En 1941, l’arrivée des alliés en Iran met fin aux 16 années de dictature impitoyable imposée par Reza Chah. Celui-ciest contraint d’abdiquer en raison de ses sympathies nazies et c’est son fils Mohamed Reza qu’on choisit à sa place. En voyant l’affaiblissement du Chah, des possibilités s’offraient pour une forte activité au Parti démocrate du Kurdistan d’Iran (P.D.K.I.) au point que ce Parti avait pu, dès janvier 1946, libérer la région de Mahabad de toute influence du gouvernement central et y fonder la première république kurde de l’histoire.Elle fut écrasée vers la mi-décembre de la même année, dans le sang par les troupes du Chah qui bénéficièrent de l’aide des forces anglo – américaines.Il est évident que ces dernières voyaient dans cette expérience démocratique un dangereux exemple pour les peuples de la région qu’elles dominaient. Qazi Mohammad, Président de la République kurde, des dizaines d’autres dirigeants du Parti Démocratique du Kurdistan d’Iran, ainsi que des centaines de Peshmergas (combattants) et de membres du Parti furent pendus.Après la chute de la république, des milliers de combattants du Kurdistan continuèrent à lutter contre la régimedespotique du Chah jusqu’à sa chute en 1979, sans hésiter à sacrifier leur vie. Le caractère fortement autoritaire du régime du Chah d’Iran avait conduit les Kurdes d’Iran à soutenir toutes sortes de mouvementsd’opposition contre le Chah, qu’ils soient communistes ou islamistes. Les Kurdes participèrent activement au renversement du régime du Chah qui eut lieu le 11 février 1973

 

Régime islamiste en Iran et la négation de la question kurde :

Ce fut la première foisdepuis plus de trente ans que pour une courte période,des publications en langue kurde purent paraître librement. La langue kurde put être utilisée dans l’administration sans faire l’objet d’une quelconque répression. Le 3 mars 1979, le P.D.K.I. annonça sa légalisation à Mahabad, après plus de trente ans de clandestinité. Mais ceci fut très mal perçu par les nouvelles autorités politiques islamistes au plus haut niveau. Contrairement à leur engagement auprès des Kurdes avant le renversement du Chah, ces autorités se montrèrent opposées à toute reconnaissance d’un particularisme kurde. L’Ayatollah Khomeyni, fit savoir aux délégués kurdes que les revendications d’autonomie étaient irrecevables. Les propos échangés sont des plus clairs. Khomeyni : Nous sommes tous des Musulmans, il faut préserver notre unité dans ce cadre. Délégations kurdes : Mais nous voulons nos droits politiques, nous voulons l’autonomie. Khomeyni : Ces deux mots, démocratie et autonomie ne figurent pas dans le coran et sont étrangers à l’Islam.Sur le fond, la réponse de l’Ayatollah Khomeyni ne fut pas différente de la position adoptée par le Chah qui avait considéré auparavant toute demande d’autonomie comme séparatiste, sinon que l’Ayatollah prenait le coran comme référence.Le 28 mars 1979, l’aviation et les hélicoptères iraniens bombardèrent des villes et villages kurdes. A Sanandaj, près de 400 personnes civiles trouvèrent la mort en une seule journée. Les mesures répressives à l’égard des Kurdes reprirent : souvenons-nous de la barbarie commise par Khalkhali, émissaire de Khomeyni, qui en moins d’un mois fit pendre dans les villes kurdes comme à Paveh,Saquiz, Marivan et Sanandaj, plus de 800 civils, alors qu’une partie d’entre eux étaient des enfants. Massacres,déportations et exécutions sommaires furent si violemment pratiqués jusqu’à aujourd’hui, par le régime islamique que les Kurdes finirent par regretter l’ancien régime du Chah, qu’ils trouvaient en comparaison moins cruel. Les Kurdes boycottèrent le référendum truquésur la république islamique et Khomeyni déclara la guerre sainte aux Kurdes en les traitant d’enfants du diable ou des plus grands infidèles. C’est ainsi que depuis 33 ans le KURDISTAN IRANIEN est sous l’état d’exception et occupé par la présence de plus de 200 000 militaires, milices islamistes, services secrets et d’autres forces de répression, qui empêchent le peuple kurde de vivre en paix.En Iran, ni les associations humanitaires internationales,ni les organismes gouvernementaux, ni les associations kurdes, n’ont les droits d’œuvrer dans les régions du Kurdistan. C’est pourquoi trouver une statistique claire est quasi impossible.

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BILAN DES VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS AU KURDISTAND’IRAN                       (Sous le régime islamiste entre 1979 – 2012)

La guerre au Kurdistan c’est :

plus de 60 000 hommes, femmes et enfants civils sans défensemassacrés, plus de 7 000 combattants kurdes tués,au moins 8 OOO prisonniers politiques exécutés,des milliers de victimes de la torture, des centaines de viols, des milliers de disparus, des centaines de villages détruits, plus de 300 000 personnes obligées de prendre le chemin de l’exil. Des millions de mines anti personnelles et autres, d’après une source gouvernementale, ont été posées au Kurdistan. En outre, plusieurs centaines d’activistes de droits humains et des journalistes ont été tués ou emprisonnés et il y a eu plus de 300 assassinats d’opposants kurdes en Europe et ailleurs dont les plus connus sont le DR GHASSEMLU,Mr SHERFKENDI etMr GHADERI, dirigeantsdu PDKI, MrGHOLAM KESCHAWERZ et Mr SADGH KAMANGAR de l’organisation KOMALA et Mr HUSSEIN YAZDANPENAH, leader de l’union révolutionnaire kurde. Ce bilan n’est pas exhaustif, car au « royaume du docte » KHOMEYNI, les nombres des victimes sont en réalité bien supérieurs.

CONCLUSION :

L’Iran n’a jamais connu autant de violence totalitaire et négationniste à l’égard des minorités ethniques, que depuis le coupd’Etat de 1925 et l’imposition de l’Etat- Nation.Dans ce pays, l’Iran, qui a été toujours un lieu de la diversité des cultures, imposer l’hégémonie d’une seule culturene peut que déboucher sur l’apartheid et des violences inouïes à l’égard des minorités, AZARI, KURDE, BELOUTCHIES, ARABE et TURKMAN qui représentent plus des deux tiers de la population d’Iran. Pour en finir avec cette tragédie imposée aux habitants de l’Iran, il faudra à l’avenir faire le choix d’un système démocratique et fédéral respectueux des droits de l’hommeafin de garantir l’égalité en droits et en devoirs de l’ensemble des citoyens.

Différentes sources consultées :

Association de droits de l’homme Kurdistan (K.M.M.K) Fédération internationale de droits de l’homme (F.I.D.H.) Amnesty International (A.I.) et les archives de P.D.K.I. et d’autres partis politiques kurdesd’Iran ainsi que la déclaration de régime islamiste d’Iran actuel.

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